L’histoire

Le Chien Berger d’Auvergne, un chien de pays


Chaque région comptait autrefois des populations de chiens utilisés pour la garde et la conduite des troupeaux. Au XIXe siècle on commença à créer des races d’animaux domestiques, notamment de chiens. Certaines populations locales ne suscitèrent guère d’intérêt et continuèrent à se développer dans leur aire de répartition originelle. Ce fut le cas pour le Chien Berger d’Auvergne. Compagnons de labeur des éleveurs, ces chiens avaient une robe variable, parfois unie (noire, fauve, bringée), souvent bicolore ou tricolore (merle), le poil majoritairement court ou ras, rarement mi-long, les yeux parfois vairons.

Excellents chiens de berger, intelligents, vifs, ils avaient aussi leur caractère, quelquefois ombrageux. Même si cette population pouvait être assez polymorphe, sa structure générale présentait des similitudes, caractérisant un type commun, comme en témoigne sans conteste l’iconographie de la première moitié du XXe siècle, notamment.

Jusqu’au début des années 1970 environ, le principal chien de berger présent en Auvergne et dans une partie du Massif central était ce « chien de pays » au pelage variable et à l’intelligence aiguë. Avec l’arrivée progressive de races bergères françaises, puis du border collie, ce chien a peu à peu disparu. Dans les années 1990, on trouvait encore ce type de chiens en Haute-Auvergne, mais au début des années 2000, il devint de plus en plus rare. Dès 2010, il était souvent considéré comme éteint.

Face à cette incertitude, un appel de la dernière chance, telle « une bouteille à la mer », fut lancé fin 2013 via le blog des Biodiversitaires (créé par Philippe J. Dubois et Élise Rousseau). Il s’agissait d’alerter les Auvergnats sur la situation particulièrement critique dans laquelle se trouvait le Chien Berger d’Auvergne. Cet appel fut aussitôt relayé par Émilie Dracon, actuelle secrétaire de l’ASCBA. Une campagne de communication – menée en Auvergne – confirma la pertinence de ce projet de sauvegarde initié à partir du mois de mai 2014.

Une mission fut alors engagée afin d’inventorier les derniers individus. Une douzaine de chiennes furent identifiées mais la plupart, très âgées, se révélèrent inaptes à la reproduction. Plusieurs mâles furent ensuite pris en compte, dont deux très bien typés en 2015, puis sept autres, entre 2017 et 2019. Quatre chiennes pures, provenant de fermes et travaillant sur troupeau, trouvées en 2017 et en 2018, ont produit de très bons chiots.

Tous les chiens retenus ont été (et sont) évalués et validés par le professeur Jean-François Courreau de l’École nationale vétérinaire d’Alfort, notre conseiller scientifique, spécialiste du chien de berger.

Cette population canine ancienne doit être préservée. Elle représente en effet les derniers vestiges de chiens de travail endémiques, autrefois largement répandus en France.